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La 17ème Conference of the Parties (COP17) à Durban est entrée dans sa deuxième semaine. Marc Depoortere, collaborateur scientifique auprès du secrétariat du CFDD, suit les négociations sur place. Dans cette rubrique, il nous fait part de ses impressions jusqu’à la fin de ce sommet crucial pour le climat.

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6. vendredi 9 décembre 2011

La COP touche à sa fin.

Quoi qu’il arrive, on sera évidemment  loin d’un accord concrétisé dans une structure juridique légalement contraignante impliquant toutes les parties.
Au mieux, on devrait se diriger vers une feuille de route pour obtenir une telle structure… dans quelques années (au mieux 2015). On peut aussi éventuellement songer à une feuille de route pour établir une feuille de route… L’échec semble peu probable. Mais qu’est-ce qu’un échec ou une réussite ?

J’ai une pensée pour ce que l’on appelle parfois de manière très vague la « gouvernance mondiale », qui semble mal en point. Tous les problèmes qui se présentent ont été coupés en petits morceaux, pour des raisons techniques. Mais le péril commun qui menace  l’espèce humaine dans son ensemble nécessite une approche intégrée qui permette d’établir un cadre qui profite à tous, au-delà des intérêts particuliers.

Il ne faut pas oublier que les Nations Unies se sont construites sur les cendres de la deuxième guerre mondiale, afin de prévenir les conflits et d’éviter les guerres, en mettant autour de la table les différentes parties d’un conflit pouvant se dégrader. La diplomatie permet d’inventer des structures complexes et créatives pour parvenir à des traités ou des protocoles ciselés. La plupart du temps, dans ce genre de négociations, il est possible entre gens bien éduqués de marchander, de faire des concessions, d'obtenir des résultats, d'établir des calendriers... afin de parvenir a un compromis.  Ici à Durban, qu’est-ce donc qu’un compromis, quand les deux parties en présence sont l’espèce humaine face au  système climatique de la planète Terre ?

5. jeudi 8 décembre 2011

Parallèlement aux petites et grandes négociations stratégiques élaborées dans l’infrastructure institutionnelle très complexe des Nations unies, plusieurs autres évènements et réunions se tiennent en dehors de ce cadre. Il y a ainsi ce que l’on nomme ici les « side events », de nombreuses réunions de présentation de projets d’études, de programmes politiques… qui ont un lien avec le climat. Il ne faut pas hésiter à aller écouter les  pays ou les régions qui ont décidé de prendre la mission d’éclaireurs  dans la lutte contre le changement climatique.

J’ai ainsi eu l’occasion d’assister hier à la conférence tenue par le  ministre allemand de l’environnement, Norbert Rottgen  lors de laquelle il a présenté les objectifs stratégiques de son pays en matière d’énergie.   Il a très clairement fait le lien entre les crises climatique, énergétique et financière : toutes sont liées par l’absence d’une vision de long terme structurée autour d’un développement durable. De plus en plus de décideurs politiques se rendent compte en effet que les crises que nous connaissons sont liées.

L’Allemagne s’est donné des objectifs clairs qui selon le ministre lèvent les incertitudes pour les investisseurs : un démantèlement de la production nucléaire d’ici 2022, une réduction de la consommation d’énergie ( 20 % en 2020, 50 % en 2050) , un renforcement de l’efficacité énergétique, une part croissante de renouvelables dans l’énergie finale (18% en 2020, 30% en 2030, 45% en 2040 et 60% en 2050) et une décroissance des émissions de gaz  à effet de serre  (par rapport à 1990, réductions de 40% en 2020, 55% en 2030, 70% en 2040 et entre 80 et 95% pour 2050) ( voir pour plus de détails sur la stratégie allemande). Le ministre a tout particulièrement souligne qu’une telle stratégie devrait permettre à son pays de développer des opportunités technologiques, industrielles et sociales.

Les gouvernements régionaux et locaux ont aussi  un rôle essentiel à jouer pour engager la société dans des  stratégies de transitions qui soient soutenues par les citoyens dont ils sont plus proches (voir à ce propos le réseau nrg4sd,  Network of Regional Governments for Sustainable Development, dont sont membres la Flandre et la Wallonie : http://www.nrg4sd.org/welcome). La Wallonie a d’ailleurs présenté à Durban en début de semaine son programme « Fast Start Wallonie-Afrique », avec l’objectif de montrer que les engagements pris au niveau international se traduisent aussi par des actions qui impliquent les autorités régionales.

Ces initiatives prises à tous les niveaux permettent que les accords obtenus dans le cadre des Nations Unies se concrétisent. Les dynamiques locales pourraient à leur tour redonner de l’énergie aux négociations internationales, lorsque celles-ci connaissent des moments plus difficiles.

4. mercredi 7 décembre 2011

Le 31 décembre 2012, la première période d’engagement du  protocole de Kyoto expirera. Le protocole continue lui d’être d’application. Quelle que soit l’issue de la COP de Durban, il y aura une  période de non recouvrement entre la première et la seconde période.  Il faut donc trouver une solution juridique qui permette d’éviter toute incertitude dans l’application des modalités du protocole. Pour rappel, le protocole de Kyoto avait été signé en 1997, mais n’était entré en vigueur qu’en 2005. Aujourd’hui, il semble difficile d’attendre un aussi long délai. Une des possibilités qui devrait arriver sur la table est de permettre une mise en œuvre provisoire (« provisional application ») pour les pays qui le souhaitent. Ceci permettrait de commencer à construire la « plomberie » juridique  entre les deux périodes d’engagement.

Par ailleurs, en matière de financement du Fonds vert climat, il semble y avoir des avancées sur la structure institutionnelle qui gèrerait le fonds. Par contre, il ne semble toujours pas y avoir de progrès significatif sur les sources de financement de ce fonds. Comme on le voit, tous les nœuds de négociation se resserrent, en attente du grand marchandage final.

Les projets  CDM (Mécanisme pour un développement propre) constituent une des pierres angulaires du protocole de Kyoto. Ils permettent  aux pays industrialisés d’atteindre une partie des réductions de gaz à effet de serre qui leur ont été assignées par le protocole, en finançant des projets qui réduisent les émissions des pays en développement. Ces projets doivent répondre à une série de critères pour être acceptés (voir : http://cdm.unfccc.int/).

Certains projets de ce type posent néanmoins question, comme les constructions de centrales électriques au charbon. Ainsi, une centrale construite en Inde au Madhya Pradesh  a induit des effets dévastateurs sur les communautés locales, qui ont été exposés hier soir par l’ONG CDM-Watch).

Une fois de plus, c’est bien la cohérence entre la politique climatique et la politique énergétique qui se pose. Ainsi, l’Agence internationale de l’énergie vient d’évaluer pour 2010 le montant des subsides à la consommation d’énergies fossiles à 409 milliards de dollars au niveau mondial, ce qui représente une hausse de 110 milliards par rapport à 2009) (http://www.iea.org/weo/subsidies.asp). Pour rappel, le montant du Fonds vert climat, c’est 100 milliards par an … à l’horizon 2020.

3. mardi 6 décembre 2011

Réunion de coordination ce matin : jour faste aujourd hui, en effet Saint Nicolas n’a oublié aucun membre de la délégation… et nous avons un gouvernement dont la composition et l’attribution des compétences suscitent beaucoup de commentaires.

Sinon tout est en train de se mettre en place pour les grands marchandages qui caractériseront (peut-être) la fin de la COP. On devrait bientôt savoir si la stratégie de l’Union européenne sera payante, à savoir coupler son engagement à des efforts de réduction à l’obtention d’une feuille de route devant aboutir a un accord légalement contraignant ( à l’horizon 2015). Le chef de la délégation chinoise, Xie Zhenhua, a rappelé hier que la Chine est d’accord de s’engager dans des objectifs légalement contraignants après 2020, si les pays industrialisés font leur part du chemin, en respectant notamment le principe de responsabilité partagée mais différenciées.

Cette attitude crispe paradoxalement un pays comme l’Inde, qui désire bien signifier que son statut est différent de celui de la Chine. Ils l’ont rappelé d’ailleurs avec force hier soir lors d’un side event sur l’équité, organisé par le gouvernement indien et le “Centre for Science and Environment” (http://www.cseindia.org/) : face aux énormes défis du développement en Inde, il y a une très forte demande de garantir le transfert de technologies afin de permettre à l’Inde de “décarboner son développement”. Une fois de plus, c’est le très délicat problème des droits de propriété intellectuelle qui est revenu sur la table.

Lors d’un side event organisé par le Met Office britannique (http://www.metoffice.gov.uk/climate-change/policy-relevant/obs-projections-impacts) , les impacts potentiels du changement climatique ont été présentés pour une série de pays jusqu’à l’horizon 2100. L’évolution des profils de température a ainsi été mesurée de 1960 à 2010 et montre un réchauffement univoque. Les projections jusqu’à 2100 sont basées sur les résultats des modèles présentés par le GIEC: si selon les hypothèses envisagées, la moyenne de hausse des températures est de l’ordre de quatre degrés, certains pays devraient connaître des hausses plus importantes comme la Russie. La situation est néanmoins un peu plus contrastée en ce qui concerne les précipitations, le stress hydrique, les inondations, les événements climatiques extrêmes (voir à ce propos, le dernier rapport du GIEC ; http://ipcc-wg2.gov/SREX) . La situation peut aussi être contrastée pour un pays comme la Chine, qui devrait dans un premier temps en tout cas voir ses rendements agricoles s’améliorer, mais la vulnérabilité de ses zones côtières s’aggraver considérablement, car comme beaucoup de pays, les zones côtières regroupent les centres d’activité économique et industrielle.

2. mardi 6 décembre 2011

Lundi, début de la deuxième semaine de la COP, dont le rythme devrait être différent. La première semaine  a  en effet connu comme d’habitude un rythme assez lent, et  il semble difficile de voir dans quelle direction les choses s’orientent.

Réunion de coordination ce matin dans une salle trop petite vu le nombre de personnes présentes, en présence des ministres Henry et Huytebroeck.  La qualité du travail fourni par la délégation a été soulignée par les ministres.

Les points de vue sur l’issue de la COP sont assez partagés. Pour certains, à cette COP, “ça passe ou ça casse”. Néanmoins, de l’avis de la plupart, cette COP-ci ne devrait pas mettre en péril de manière définitive le processus multilatéral des négociations climatiques : pour des raisons très différentes, voire contradictoires, aucune partie n y a vraiment intérêt.

La COP devrait donc au mieux parvenir a entériner, dans la logique proposée par l’Union européenne,  une feuille de route pour un processus qui devrait éventuellement aboutir en 2015 à définir des objectifs pour différentes parties ( à exécuter a partir de 2020). Ce processus devrait ainsi permettre de lever la grande incertitude juridique de l’après 2012, notamment en ce qui concerne les mécanismes de flexibilité. Il semblerait d’ailleurs que la Chine soit prête à endosser des obligations à partir de 2020.  D’un autre côté, il ne faut plus rien attendre des Etats Unis, ici à Durban.

Les discussions sur le financement du Fonds vert Climat décidé à Copenhague  (100 milliards de $ annuels a partir de 2020) constituent l’autre grand volet,  elles n’ont néanmoins pas encore permis d’aboutir à plus de clarté sur la transition entre le financement actuel et l’échéance 2020. Le financement de ce fonds reste en effet un point très délicat, surtout dans le contexte actuel de restriction budgétaire.

1. lundi 5 décembre 2011

Alors que le Sommet de Copenhague aurait dû aboutir à un large accord et aurait dû devenir le point d’orgue des négociations climatiques menées depuis presque vingt ans, l’impression laissée par son échec tarde à se dissiper. Il n’y a par exemple aujourd’hui aucune garantie que le Protocole de Kyoto aura un successeur et les opportunités que pourrait créer une politique climatique mondiale ambitieuse ne semblent pas encourager les décideurs de se détourner de la gestion du court terme.

Le sommet de Durban annonce plusieurs défis. Le futur du Protocole de Kyoto au-delà de 2012 sera évidemment une des questions centrales à traiter. Le sort qui sera réservé au Protocole devrait donner une idée assez précise de la santé des processus de négociations. Pour rappel, le Japon, la Russie et le Canada s’opposent à tout nouvel engagement contraignant dans le cadre d’une prolongation de Kyoto, tant qu’il n’y a pas d’engagement des Etats-Unis et de la Chine, les deux plus grands émetteurs de gaz à effet de serre. L’Union européenne continue à prôner quant à elle la mise sur pieds d’un cadre contraignant et propose de poser à Durban les premiers jalons pour une « feuille de route » qui impliquerait progressivement les grandes économies mondiales, avec comme horizon 2015, voire 2020. La Chine, premier émetteur mondial de gaz à effet de serre, se montre déjà sceptique par rapport à ces propositions

L’autre grand dossier est la concrétisation des décisions prises à Cancun l’année passée, notamment le fonds vert pour le climat, qui devrait venir en aide aux pays en développement et atteindre un montant annuel de 100 milliards de dollars en 2020. Une question plus pressante en cette matière est d’assurer la continuité après 2012 des projets « fast start », mis en place à Copenhague en 2010. L’autre question touche aux sources de financement de ce fonds vert.

Ce blog n’engage que son auteur et est rédigé sous la responsabilité du secrétariat du CFDD

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